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Gaz de schiste : un débat tronqué, une chance manquée…

Christophe Hecker - co-auteur de "Gaz et pétrole de schiste : révolution planétaire et déni français"

Il y a quelques semaines, le débat sur l’exploitation du gaz de schiste en France a refait surface avec l’exhumation d’un rapport que le gouvernement avait pris le soin d’enterrer en 2014.

Que disait ce rapport pour que nos dirigeants aient cru bon de le classer (presque) secret défense ? Quelles terribles informations allait-on encore découvrir, à la lecture de ce document, sur ce satané gaz de schiste dont on ne veut décidément pas en France ? Le gouvernement voulait-il cacher au grand public ce qu’il sait déjà (ou plutôt qu’il croit savoir) : que l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels est un désastre environnemental ?

Non, rien de tout cela. Bien au contraire. Le rapport présentait en réalité une solution qui permettrait à la France d’exploiter « proprement » le gaz et le pétrole de schiste dont notre sous-sol regorge.

Depuis la loi du 13 juillet 2011 interdisant la fracturation hydraulique, le débat était désespérément au point mort, empêchant notre pays d’aller exploiter ses ressources considérées comme les plus importantes  en Europe, et faisant ainsi passer la France à côté de ce qui est d’ores et déjà une révolution énergétique majeure. Ce rapport tombait donc à pic pour sortir enfin de l’obscurantisme et avancer sur la voie d’une exploitation du gaz de schiste respectueuse de l’environnement, via une alternative à la fracturation hydraulique.

Dans ce cas, pourquoi donc ce rapport a t’il été enterré, alors qu’il apportait une réponse crédible aux risques environnementaux qui semblent entourer – à juste titre – l’exploitation des hydrocarbures de schiste en France ?

La vérité, c’est que dans notre pays, le débat autour du gaz de schiste n’est justement pas d’ordre environnemental. Il n’est pas non plus d’ordre économique. Il est purement politique ! Si ce rapport a été enterré c’est qu’il n’est pas acceptable politiquement voilà tout ! Comment imaginer que l’auteur du « tant que je serai Président, il n’y aura pas de gaz de schiste » admette que la France a trouvé un processus d’exploitation propre ? Ce serait tout simplement un désaveu politique. Et tant pis pour les retombées économiques positives qui pourraient être considérables pour le pays. Si, comme le disait Blaise Pascal, « le cœur a ses raisons que la raison ignore », la politique elle aussi a ses raisons que tout bon sens rationnel ne peut définitivement pas comprendre…  En effet, comment peut-on se permettre aujourd’hui d’ignorer une telle révolution et ses retombées économiques, alors que nous sommes englués dans une crise sans précédent ? Comment oser tuer dans l’œuf une telle occasion de voir notre économie redémarrer ? Depuis 5 ans, sous Sarkozy comme sous Hollande, on nous promet des « reprises », des « inversions », et plus récemment des « retournements ». Mais la vérité des chiffres, elle, est implacable : la France est parmi les dernières des grandes puissances à recouvrer une bonne santé économique. Elle se traîne péniblement. Pathétiquement.

Quel autre secteur d’activité nous laisse entrevoir, à l’heure actuelle, la création de dizaines de milliers d’emplois et la réduction de notre immense déficit commercial ? Le fameux rapport enterré évoquait à nouveau la création de 220.000 emplois en France, un chiffre déjà annoncé à plusieurs reprises par de nombreux experts. Une véritable panacée alors que le taux de chômage n’est plus passé sous la barre des 10% depuis de longues années. Quant à notre déficit commercial, la démonstration est encore plus parlante. Ce dernier, qui s’élève à 67,2 milliards d’euros est principalement plombé par notre facture énergétique de 68,7 milliards d’euros. Et pour cause, nous importons quasiment 100% du gaz et du pétrole que nous consommons. Alors que nous aurions sous nos pieds de quoi produire nos propres hydrocarbures…

Ce qu’il faut retenir de cet épisode du rapport enterré, c’est que nous persistons dans un aveuglement qui confine à l’obscurantisme, alors que la planète entière est en train de prendre le virage de la révolution énergétique des gaz et pétrole de schiste. Sur ce point également, nos gouvernants ont tort de croire que seuls les Etats-Unis ont transformé l’essai et que la réussite d’un seul pays ne doit pas justifier une voie à suivre. Ils omettent visiblement que le pays de l’oncle Sam n’est de loin pas un cas isolé. De nombreux pays ont démarré leurs campagnes d’exploration : le Canada, la Chine, l’Inde, l’Argentine, le Mexique, l’Australie, la Pologne, la Grande-Bretagne… Même notre voisin allemand, pourtant chantre des énergies renouvelables, vient de légiférer sur l’utilisation de la fracturation hydraulique afin de pouvoir exploiter son sous-sol tout en respectant l’environnement. Seule la France refuse de monter dans le train de cette révolution énergétique avec ce moratoire mortifère décidé le 13 juillet 2011. Nous sommes probablement 66 millions de Français, intellectuellement supérieurs, à avoir raison seuls contre la planète entière. C’est évident…

D’ailleurs, si cette fameuse loi du 13 juillet 2011 avait été appliquée pleinement, nous n’en serions pas là, à découvrir des rapports ourdis en secret et qui ne font qu’augmenter la défiance des Français à l’égard du gaz de schiste. En effet, le texte prévoyait, en marge de l’interdiction, que des travaux scientifiques soient menés afin de trouver une manière acceptable d’exploiter nos ressources. Ces travaux, à disposition du public au fur et à mesure de leur avancement, devaient être menés par une commission mixte de scientifiques, industriels et parlementaires. Mais elle n’a jamais vu le jour...

Depuis bientôt quatre ans, personne n’a cru bon de mettre, enfin, cette commission en ordre de marche. Quatre années de recherche perdues alors que d’autres pays n’ont pas attendu pour avancer. Voilà donc pourquoi nous en sommes réduits à faire réaliser des rapports en catimini, de façon officieuse, donnant ainsi une dimension mystique au gaz de schiste et ne faisant qu’augmenter la défiance des Français sur le sujet. Bref, sur le fond comme sur la forme, nos dirigeants ont tout faux sur la manière de conduire ce débat !

En France, le débat autour du gaz de schiste n’est pas d’ordre environnemental. Il n’est pas non plus d’ordre économique. Il est purement politique. Pourtant, les retombées économiques positives pourraient être considérables pour le pays. Si, comme le disait Blaise Pascal, « le cœur a ses raisons que la raison ignore », la politique elle aussi a ses raisons que tout bon sens rationnel ne peut pas toujours comprendre… En effet, comment peut-on se permettre aujourd’hui d’ignorer une telle révolution et ses retombées économiques, alors que nous sommes englués dans une crise sans précédent ? Comment oser tuer dans l’œuf une telle occasion de voir notre économie redémarrer ?  

Christophe HECKER est entrepreneur aux Etats-Unis où ses activités lui permettent de vivre de l'intérieur la révolution énergétique qui s'y joue. Connaisseur des hydrocarbures de schiste il est le co-auteur de "Gaz et pétrole de schiste : révolution planétaire et déni français"

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