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KIT DE SURVIE CONCEPTUEL SUR LA CRIMINOLOGIE

Bernadette Leroy - Présidente de l’ACBM (Association de Criminologie du Bassin Méditerranéen) - Directrice de la Société Aesatis

DEFINITION ET OBJET DE LA CRIMINOLOGIE.

L’analyse criminologique est transversale.

Elle s’appuie sur plusieurs disciplines empruntées aux sciences humaines :

  • La sociologie via l'étude des variables environnementales, des relations entre les groupes d’individus et des comportements antisociaux.
  • La psychologie est utilisée pour l'étude des caractéristiques psychologiques de l'individu.
  • La géopolitique doit être prise en compte car, la déviance ne s’arrête pas aux frontières. Il est important de prendre en considération l’aspect international mais aussi le passé historique et politique d’un pays.
  • L’économie est indispensable dans cette analyse. Elle est le carburant d’une entreprise, d’un pays, d’un individu.
  • Le domaine juridique, discipline normative qui déclare ce qui doit être.

Aujourd'hui la criminologie est à la mode et fait naître plusieurs interrogations :

Est-elle une discipline à part entière ? Doit-on créer un cursus universitaire ?

Ce sont autant de questions qui font controverse actuellement. On définit généralement la criminologie comme l’étude scientifique du phénomène criminel, aussi communément appelée science du crime. L’école américaine classique de Sutherland donne une définition de la criminologie comme étant la « science qui étudie l’infraction en tant que phénomène social ». Cela englobe les processus d’élaboration des lois, de l’infraction et des réactions provoquées par l’infraction.

Ces définitions sont pourtant insuffisantes pour refléter toute la diversité et la complexité de la criminologie. Cette diversité est telle que certains auteurs estiment qu’il y a autant de définitions de la criminologie que de criminologues. Ces divergences se manifestent aussi bien quant à l’étendue de son domaine d’expertise que dans la détermination des caractères essentiels de cette science.

Sa conception puise ses origines à la naissance même de la criminologie, puisqu’un de ses fondateurs Cesare Lombroso a essentiellement étudié « l’homme criminel ». Telle est aussi la conception d’Enrico Ferri « La criminologie entreprend d’étudier non seulement le délit en lui-même comme rapport juridique, mais aussi, et d’abord celui qui commet le délit, le délinquant ».

Il existe une conception objective qui fait du délit l’objet de la criminologie. Il en était ainsi pour Emile Durkheim, qui précisait « Nous appelons crime tout acte puni et nous faisons du crime ainsi définit l’objet d’une science spéciale : la criminologie ».

Il résulte de ces dires que la détermination de ce domaine de recherche pose deux problèmes distincts : d’abord celui de son étendue, c'est-à-dire de la délimitation des frontières entre criminologie et science criminelle, et celui de son contenu. La criminologie est une science empirique qui déclare ce qui est. Elle est un maillon de l’élaboration d’une chaîne sécuritaire : l’organisation de la lutte contre le crime sur la base d’une expertise pluridisciplinaire.

  • TYPOLOGIES.

La criminologie est née dès la fin du XIXe siècle. A cette période, pour faire face aux insuffisances de la connaissance du phénomène criminel, il est devenu nécessaire d’établir une autre façon d’analyser le crime. Dès lors le besoin de connaître l’existence d’une cartographie typologique du déviant a fait son chemin.

Tout commence par Cesare Lombroso, reconnu comme un des pères fondateurs qui incarne le courant de la pensée dite « positiviste ». Plus précisément, cette théorie consiste à élaborer des critères explicatifs d'ordre scientifique basés sur l’expérience. Le criminel est donc leur principal centre d’intérêt car, il peut donner lieu à un examen scientifique. Très vite, Cesare Lombroso exprime que le crime n’est autre qu’un symptôme et un phénomène naturel.

Il élabore alors la « Théorie du criminel né ». Selon lui, le crime a une cause biologique. C’est l’organisme qui porte en lui les traits qui font de l’homme un criminel. Cela apparaît donc sous la forme d’une fatalité organique à laquelle on ne peut pas échapper. Pour Cesare Lombroso, le criminel est le survivant d’une espèce d’homme non évoluée qui appartiendrait à la famille d’une sous-espèce d’homo sapiens. Le criminel né se distinguerait par des stigmates physiques et par des traits psychologiques. L’origine de cette théorie se trouve dans les travaux de Cesare Lombroso qu’il a effectué sur les crânes de criminels. Il aurait expertisé 7900 crânes. Il les a comparés à ceux des non criminels. Il en découle des caractéristiques qu'il pense être les stigmates de la criminalité. Cette théorie se base sur quelques traits caractéristiques :

Les traits physiques.

Selon Cesare Lombroso, le criminel aurait un cerveau relativement petit avec des mâchoires énormes, des lèvres charnues, un menton en retrait, des arcades sourcilières avancées, des bras très longs, des orbites grandes et des cheveux abondants. La physionomie des criminels varie selon les crimes qu'ils ont commis. Le meurtrier aurait des yeux froids, des maxillaires très longs, un nez crochu, des pommettes saillantes, des canines très développées. Il a des yeux petits, des sourcils épais, un nez large, épaté et un front fuyant.

Les traits psychologiques.

Cesare Lombroso affirme que le criminel est victime d'une atrophie des sentiments de pitié et de compassion. Il n'a pas de remord. Son caractère est marqué par l'impulsivité, l'égoïsme, la cruauté, la vanité et la paresse. Le criminel serait quelqu’un porté sur les tatouages et dont la façon de s’exprimer se rapprocherait de l’argot.

Cesare Lombroso pense que les caractéristiques de cet individu sont les produits de l'atavisme. Ces caractéristiques seraient la renaissance des traits d’hommes primitifs situés près du singe dans la chaîne de l’évolution. Selon Cesare Lombroso, on ne peut rien faire, ils sont incurables. Au fil des éditions de son ouvrage « L’homme criminel », sa théorie change et s’enrichit. Il identifie notamment plusieurs types de criminels. Il distingue le criminel par passion, l’épileptique, le criminel fou, le criminel d’occasion.

À la fin de sa carrière, il met l’accent sur l’hérédité de la transmission du gène criminel. La transmission de l’instinct criminel se développerait au sein de certaines familles et sous l’effet de certains facteurs tels que l’alcoolisme ou la prostitution. La tentation de la recherche du criminel né existe toujours et s’établit par la recherche du chromosome du crime.

Cette vision laisse peu de place à l’appréciation. Sa méthodologie a été développée par des criminologues dits « modernes ». Mais c’est toute cette démarche intellectuelle qui est aujourd’hui considérée comme simpliste.

Il n’existe pas de typologie spécifique, c’est l’analyse de tout l’écosystème d’un déviant qui permet à l’analyse criminologique d’être la plus cohérente et complète possible.

D’autres approches plus comportementalistes sont cependant mises en avant. Le Centre National de la Prévention et de la Protection (CNPP) classe de son côté les criminels en de multiples catégories :

- Le criminel occasionnel : c’est une personne sans histoire qui se trouve tenté du jour au lendemain de détourner une somme d’argent. Cette personne est généralement récidiviste.

- Le criminel opportuniste : c’est une personne qui profite d’une défaillance des systèmes de sécurité ou de contrôle pour passer à l’acte.

- Le criminel malade : c’est une personne qui passe à l’acte de manière irréfléchie.

- Le criminel professionnel : c’est une personne qui réfléchit, coordonne et organise son acte criminel. Celui-ci est mûrement planifié. La valeur des actifs ou des sommes détournées sont très importantes.

Cette dernière typologie plus générale, basée principalement sur l’acte lui-même, a été utilisée comme base de raisonnement par la Société AESATIS pour créer sa propre classification. Cette dernière, appelée en interne « La règle des 3 C », a été établie à partir de l’expérience du terrain dans la détection et la prévention des actes malveillants en entreprise.

Cette règle permet de distinguer plusieurs catégories de criminel :

Le criminel agissant par Culot. C’est 50 % des criminels. Nous y trouvons les criminels occasionnels et les opportunistes. Les actes sont généralement de faible impact sauf dans quelques cas, où l’acte étant mal maitrisé, celui-ci peut devenir très grave.

Le criminel agissant par les voix du Cœur. C’est 40 % des criminels. Il s’agit majoritairement d’opportunistes opérant par Amour. Cet amour peut prendre différentes formes : amour des jeux, d’une personne, d’une substance et d’une manière générale de toutes les addictions.

Le criminel agissant avec son Cerveau. C’est 10 % des criminels. Ce sont les moins fréquents. Leurs actions malveillantes occasionnent souvent de lourds préjudices pour les entreprises tant en terme de coût que d’image. De nombreux exemples de cas se retrouvent dans l’actualité, notamment l’affaire de Jacques CROZEMARIE.

Depuis les débuts de la criminologie, plusieurs aspects du phénomène criminel sont retenus :

L’aspect biologique.

Il a donné lieu à plusieurs théories, selon lesquelles il existerait chez les délinquants des stigmates anatomiques et physiologiques. Ceux-ci les distingueraient des non-délinquants. Aujourd’hui, la biologie criminelle s’intéresse aussi aux aspects génétiques et biochimiques.

L’aspect sociologique.

L’étude des facteurs sociologiques du crime a surtout été l’œuvre de l’école française du milieu social de la fin du XIXe siècle, où figure Emile Durkheim. Par la suite, c’est devenu une spécialité nord-américaine, notamment pratiquée par l’école classique de Sutherland. Aujourd'hui, on étudie ces facteurs pour étudier le crime.

L’aspect psychologique.

Selon Jean Pinatel, la psychologie criminelle étudie l’intelligence, le caractère, les aptitudes sociales et morales des délinquants en recourant aux tests de la psychologie expérimentale. Elle est complétée par la psychanalyse et la psychiatrie criminelle. Il se sert de la psychologie criminelle pour étudier les motivations des délinquants et les processus qui conduisent au passage à l'acte.

L’ensemble de ces différentes approches, qu’elles soient basées sur la théorie biologique, psychologique ou comportementale, ne regroupe qu’une partie de la vérité. Seule une vision pluridisciplinaire permet de se rapprocher d’une description correcte.

La caractérisation demande de prendre en considération l’ensemble des disciplines mais aussi l’ensemble des points de vue des personnes susceptibles de rencontrer un criminel. S’attarder à vouloir définir une typologie des criminels s’avère être utopiste.

Il est plus judicieux de s’attacher à identifier les motivations et les facteurs qui faciliteront le passage à l’acte du criminel.

  • COMPORTEMENTS DEVIANTS ET MOTIVATIONS.

Cesare Beccaria, auteur du « Traité des délits et des peines » et Jérémy Bentham, auteur du « Traité des peines et des récompenses » ont donné une première définition du crime.

Selon eux, le crime représente ce que le législateur prohibe et interdit. C’est la transgression de la loi. Ils se fondent sur une conception formelle du crime. Ils considèrent que le délinquant est doté du libre arbitre : il a le choix de commettre ou non son acte malveillant.

Pour ces auteurs, la responsabilité est basée sur la faute commise et sur la culpabilité du délinquant. La peine est alors le salaire de l’acte commis.

Pour Enrico Ferri, l’homme n’est pas doté du libre arbitre. Contrairement à Jérémy Bentham et Cesare Beccaria, il met l’accent sur les causes et les conséquences sociales du crime. Il faut distinguer les facteurs physiques et les facteurs sociaux du criminel. La rencontre de conditions sociales et individuelles aboutit à un certain nombre de crimes.

Enrico Ferri distingue alors différents facteurs :

  • Des facteurs anthropologiques liés à la personnalité du criminel.
  • Des facteurs liés à l’environnement : le climat, la nature du sol, la production agricole.
  • Des facteurs sociaux comme la densité de population, la constitution de la famille, le système d’éducation.

Selon Raffaele Garofalo, magistrat et criminologue italien, le crime est une notion indépendante du droit. Pour lui, l’acte criminel est de l’ordre de la Nature. Chaque race a une somme d’instincts moraux qui est transmise de façon héréditaire. Le crime est une anomalie naturelle due à une imperfection de ce sens moral.

Mais pour Emile Durkheim, il n’y a pas de société où le crime n’existe pas. Le crime est un phénomène social inévitable. Il est utile et nécessaire : c’est un facteur de santé publique. Pour faire évoluer une société, on ne peut que faire le contraire de ce qui est bon. En ce sens, le crime permet le changement social. Un exemple pour illustrer cela : la liberté de penser n’existerait pas si les règles de la censure n’avaient pas été violées.

Pour les criminologues de la réaction sociale, il faut placer l’analyse sur le terrain du regard porté par la société sur le crime.

Au XVIIIe siècle, placé dans une perspective classique, le criminel est une notion dérivée, puisqu’on s’intéresse principalement au crime.

Pour les criminologues classiques, un criminel est un homme qui est maître de ces actes et est doté du libre arbitre. Son comportement est conscient et volontaire. Pour Cesare Beccaria, le criminel est quelqu’un de rationnel, de réfléchi et qui pèse le pour et le contre avant de passer à l’acte.

Enrico Ferri reprend la théorie de Cesare Lombroso à la différence qu’il souligne l’importance de certains facteurs sociologiques qui sont extérieurs à l’individu. Pour lui, le remède à la criminalité serait l’amélioration des conditions sociales.

Pour les contemporains tels qu’Emile Durkheim, le criminel est un individu soumis aux influences de ses gènes, de son éducation ou de son tissu social.

L’action criminelle correspond à un double phénomène : d’abord, un phénomène individuel dont l’étude constitue la micro criminologie, ensuite un phénomène collectif étudié par la macro criminologie.

Ces deux phénomènes représentent la criminologie théorique. La criminologie appliquée, elle, constitue l’ensemble des moyens de lutte.

Il ressort de ces observations qu’il existe de multiples types de comportements délictueux.

  • LES DIFFERENTES FORMES DE CRIMINALITE.

La délinquance banale.

On constate l’accroissement de la plupart de ces actes pourtant prohibés par la loi pénale. En particulier, on note une augmentation très importante du vol, des atteintes sexuelles et des sévices sur enfants, la généralisation de l’usage de drogue notamment du cannabis. Cela est dû à un accroissement de la récidive, mais également à une augmentation massive de la délinquance occasionnelle.

L’inadaptation juvénile.

Dans les années 1950, on a vu apparaître des bandes de jeunes délinquants appelés « Les blousons noirs », dont l’attitude était particulièrement agressive et destructrice.

Au cours des années 1960, on a constaté une autre variété d’inadaptation juvénile, marquée par le vagabondage collectif et l’usage de drogue.

Dans les années 1970, on voit la violence politique s’emparer de la jeunesse pour contester la société de consommation.

Aujourd’hui, cette délinquance prend des formes variées. Depuis le viol et la violence scolaire jusqu'à la violence politique, en passant par la drogue, la prostitution…la délinquance est de plus en plus précoce et présente dans notre société.

La délinquance d’imprudence.

Il s’agit des homicides et des blessures par imprudence. Cela concerne les accidents de la circulation, du travail, les négligences professionnelles portant atteintes à la vie ou à l’intégrité de la personne comme par exemple, les erreurs médicales.

La criminalité organisée.

Il s’agit de crimes dont la préparation et l’exécution se caractérisent par une organisation méthodique qui le plus souvent procure à leurs auteurs leurs moyens d’existence. Il s’agit du « gangstérisme » (prise d’otages, holdup…), de la délinquance astucieuse (escroquerie), de l’exploitation des vices d’autrui (prostitution, drogue, jeux), ou encore de la criminalité d’affaires.

« Le crime s’organise toujours plus : crimes en réunion ou en bande, crimes organisés, mafias. » Ces propos de France Paramelle font d’autant plus sens aujourd’hui dans notre société où l’industrie du crime s’est mondialisée grâce aux nouveaux moyens de communication et principalement Internet. Le crime organisé et la mafia ont désormais un fort lien avec la géopolitique de nos pays : mouvements migratoires et trafics en lien avec une économie parallèle toujours plus profonde et les actes de terrorisme toujours plus dangereux.

Véritable logistique, crime organisé désigne trafics de drogue, d’armes, d’espèces animales protégées, de fausses monnaies, exploitation des êtres humains, racket, contrefaçon, détournement de subventions ou de biens publics, escroqueries et fraudes informatiques.

La criminalité sociale et contestataire.

Elle est principalement l’œuvre de groupes professionnels. Ce sont les paysans qui bloquent les routes ou les salariés en grève qui entravent la circulation des trains. À ces groupes professionnels, s’ajoutent les catégories de personnes qui sont victimes de difficultés économiques et sociales. C’est le problème des sans-abris occupant des locaux vacants. Il faut y ajouter la délinquance contestataire, par exemple les actions des écologistes dans les centrales nucléaires.

Le terrorisme.

C'est un des aspects majeurs de la criminalité internationale de par son incidence psychologique sur l’inconscient des populations. Et cela même, non pas par le nombre d’actes commis mais par les incidences politiques, nationales et internationales que le terrorisme peut avoir.

Il existe plusieurs types de terrorisme, par exemple :

  • Le terrorisme à mobile indépendantiste ou économiste : c’est le cas de l’ETA basque.
  • Le terrorisme d’extrême gauche à mobile anticapitaliste : c’est le cas des groupes d’action directe en France.
  • Le terrorisme international à mobile antioccidental : c’est le cas des réseaux djihadistes.

Il faut également souligner l’émergence du cyber-terrorisme, terme controversé qui pourtant pèse son poids dans la cybercriminalité actuelle. Selon Kevin G. Coleman,  le cyber-terrorisme est défini comme «l'utilisation préméditée des activités perturbatrices, ou la menace de celle-ci, contre des ordinateurs et / ou réseaux, dans l'intention de causer un préjudice ou encore social, idéologique, religieuse, politique ou des objectifs similaires. Ou pour intimider toute personne dans la poursuite de tels objectifs. "

Les violences urbaines.

En France, il existe une section des renseignements généraux appelée la « section des violences urbaines ». Elle a établi une typologie de ces violences qui vont des feux de poubelles jusqu’aux émeutes en passant par le lancement de projectiles divers sur les véhicules des forces de l’ordre et de secours. L’entreprise a son rôle à jouer par le biais de l’insertion sociale de ces personnes en difficulté. En effet, permettre des embauches aura entre autre un impact sur la réduction de ces violences urbaines. C’est notamment le rôle de l’école de seconde chance qui aide à l’intégration professionnelle et sociable des jeunes sortis du système éducatif, sans emploi ni qualification. « Ces établissements "insèrent 8 volontaires sur 10, qui accomplissent l'ensemble du parcours, directement en entreprise (CDI, CDD, intérim…) ou en formation qualifiante" » précise le site de l'Epide. Des entreprises travaillent à cette cause en développement leur propre centre de formation. En effet, en 2013, le groupe Kiloutou a ouvert son école qualifiante technique, une réelle initiative pour l’emploi et la formation professionnelle. Onze jeunes avaient intégré la toute première formation de technicien de maintenance en engins de TP et manutention. A la fin de leur période d’alternance, tous ont été embauchés en CDI. Depuis son ouverture, cette initiative brille de son succès.

La délinquance d’affaires.

Il s’agit d’actes délictueux commis à l’occasion de l’exercice de l’activité professionnelle, mais dont les auteurs ne retirent pas l’essentiel de leur moyen d’existence.

Ce sont, par exemple, les atteintes à la loyauté dans les relations d’affaires comme l’utilisation de la publicité mensongère, les violations des règles de la libre concurrence, ou encore la violation des réglementations sociales ou fiscales. Aujourd’hui, on entend beaucoup parler de la fraude fiscale notamment.

La criminalité informatique ou cyber criminalité.

Cette délinquance porte atteinte aux biens mais aussi aux personnes. Les préjudices causés sont souvent considérables. Ce chiffre s’élève à plusieurs milliards d’euros en France.

Au début des années 1980, on a vu naître de nouvelles formes de criminalité. Celles-ci ont rapidement côtoyé les formes de criminalité plus traditionnelles mais avec quelques avantages considérables. De par la rapide mutation technologique qu’a connue notre société, ces nouvelles formes de crime sont devenues plus dures à détecter et identifier. De ce fait, c’est la vulnérabilité des entreprises françaises qui s’est accrue.

Le développement fulgurant d’Internet a entrainé avec lui le développement d’une cyber-délinquance très dangereuse menaçant l’équilibre économique et financier des entreprises. Internet est véritablement devenu le territoire de prédilection et de jeu pour les cybercriminels. Ils utilisent de manière frauduleuse le réseau internet à des fins stratégiques, lucratives et criminelles.

                                                                             

Aujourd’hui, les entreprises sont des cibles à part entière. Les criminels ont très vite compris les avantages qu’ils pouvaient soutiré à attaquer les entreprises. C’est d’autant plus inquiétant qu’ils touchent par ce biais toute la sphère économique nationale.

En effet, Internet permet de commettre chez soi de n’importe quel coin du globe resté secret des délits à grandes échelles. Cela à moindre coût et à moindre risque. Ces actes n’imposent pas d’investissement matériel, financier et humain important.

Rien n’empêche un cybercriminel ou une organisation terroriste par exemple d’utiliser des supports informatiques pour effectuer un chantage ou saboter le système informatique d’une société.

On assiste à l’heure actuelle à ce qu’on appelle « la guerre de l’information ».  L’objectif est de récupérer de manière tout à fait illégale et criminelle des données confidentielles pour le compte d’une société ou d’un Etat. Les entreprises doivent donc faire face à de multiples intrusions informatiques que l’on appelle aussi plus communément du « cyber-terrorisme ».

Selon Patrick Galley, le cyber-terrorisme c’est « le fait de détruire ou de corrompre des systèmes informatiques dans le but de déstabiliser une entreprise, un pays ou de faire pression sur un gouvernement. »

Ebay, Domino’s Pizza ou encore Orange, toutes ces entreprises ont subi une attaque informatique touchant plusieurs milliers de personnes. Dans le cas d’Orange, le vol de données confidentielles concernées pas moins d’1.3 millions de clients et de prospects.

Il faut aussi se rendre compte que des groupements terroristes tels que les réseaux djihadistes maitrisent de mieux en mieux nos techniques modernes de communication et d’information. L’état islamique de Daech ou encore Al Quaïda disposent désormais dans leurs réseaux de personnes qualifiées capable de planifier des attaques informatiques à partir de matériels dérisoires et dépassés.

Phishing, usages frauduleux de données privées, cyber-délinquance financière, carding et hacking… tous ces « cyber-crimes » naissent de l’ouverture des réseaux et de leur libre accès. Selon un rapport de la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS),  « les tentatives d’intrusion sont souvent automatisées et robotisées. Elles sont menées à raison de 10 à 100 à la seconde et visent en particulier les services mails et portails internet de l’entreprise visée. »

Selon l’Office Central pour la répression de la Grande Délinquance Financière, « la cyber-délinquance se traduirait de différentes manières : blanchiment de l’argent sale lié à la cybercriminalité, manipulation des cours de la Bourse, pratique de la cyber-extorsion et pratique du phishing. »

Le phishing est un acte malveillant fréquemment enregistré. C’est soutirer des renseignements personnels afin d’usurper l’identité d’une personne à des fins de vols ou pour détruire une réputation. Le moyen est simple : faire croire à la victime qu’elle s’adresse à un tiers de confiance telle qu’une banque, une administration connue et de là obtenir toutes ces informations privées. Le criminel les saisit librement via des courriels ou des sites internet falsifiés.

Vols de données clients, piratage de propriété intellectuelle... les cyberattaques sont légion, mais les petites entreprises se croient souvent peu concernées. "Dirigeant d'une petite entreprise, vous pensez n'avoir jamais été victime d'une cyberattaque ? Soit vous ne l'avez pas détectée, soit vous n'intéressez plus personne et il faudrait penser à changer de métier".

Cette boutade, destinée à faire prendre conscience aux patrons de PME des risques qu'ils encourent face aux hackers en tout genre, émane du contre-amiral Dominique Riban, directeur général adjoint de l'Anssi, l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information.  

Autre phénomène, de multiples entreprises sont également victimes de cyber-extorsion. Dans le cas présent, cela concerne un site web, un serveur email ou un système informatique. Celui-ci va être victime d’une attaque de déni de service et ne sera plus en état de fonctionnement. C’est de cette manière que les cybercriminels font pression et n’activent le déblocage du site, serveur ou système information en question qu’après le paiement demandé.

Peu d’entreprises ou grands groupes victimes de cyberattaques dévoilent les coûts réels des pertes. Néanmoins, dans le récent article publié sur La Tribune par Giulietta Gamberini le 27 janvier 2015, Mme Inga Beale, PDG du groupe d’assurance Lloyd’s à Londres indique que selon ses estimations « Les cyber-attaques coûtent plus de 400 milliards de dollars par an à un niveau mondial ».

Fraudes et arnaques.

Phénomène malveillant en plein essor depuis trois ans, la « fraude au Président » est une tentative d’escroquerie touche les entreprises de plein fouet. Coca-Cola, Vinci, Virgin  ou encore Nestlé… que des grands noms pour des groupes victimes de ce phénomène criminelle. Souvent honteuses de s’être fait piégée, beaucoup d’entreprises n’ont pas porté plainte craignant d’entacher leurs réputations et leurs crédibilités auprès de leurs clients, prospects, investisseurs.

Voici comment fonctionne cette arnaque. Le criminel usurpe l’identité du dirigeant et exige un virement bancaire manuel à destination de l’étranger en prétextant une quelconque urgence. Mais la force de cette fraude réside dans la recherche minutieuse et précise d’informations sur la société ciblée ce qui a pour but de mettre en confiance l’interlocuteur victime de l’arnaque.

Selon une étude récente du cabinet d’études PwC, ces arnaques représentent 10 % du total des fraudes subies en France par les entreprises et ont coûté plus de 10 millions d’euros à certaines d’entre elles.

La Fraude au Président ne touche pas seulement les grands groupes mais aussi les petites PME. Elle ne touche pas seulement l’entreprise, elle touche également ses salariés. Ce n’est donc pas seulement la dimension économique qui est visée mais aussi la dimension humaine. Il faut bien penser que le salarié victime de cette escroquerie a été licencié et a été victime d’un lourd traumatisme psychologique dont la dépression ou le suicide peuvent découler. La Fraude au Président trompe l’entreprise au travers de l’employé ce qui laisse des séquelles durables pour l’un comme pour l’autre.

Mais il faut penser que parfois les informations sont plus simples que cela à récupérer pour les cybercriminels. En effet, ils s’attaquent désormais aux serveurs des centrales de réservation en ligne. Ils piratent également les bornes wifi en libre accès contenant toutes les informations stratégiques de la victime lorsqu’il s’y connecte. Ces attaques puisent leurs forces de la négligence et du manque de protection des appareils connectés des salariés en déplacement, souvent peu informés des risques qu’ils encourent. Récemment, pour tenter de trouver des solutions et enrayer ce problème, la question du piratage malveillant et de la sécurité informatique a été posée et discutée au forum économique mondial de Davos.

Moins connue mais tout aussi grave, les conséquences de la fraude aux baux commerciaux s’avèrent critiques et lourdes de conséquences. Voici un exemple de mail frauduleux envoyé à une entreprise. Ce mail a été anonymé pour respecter l’identité de la victime.

 

Les cambriolages.

63 780 cambriolages de locaux commerciaux, industriels et financiers ont été recensés en 2013 selon le rapport de l’Observation National de la Délinquance et des Réponses Pénales.

Lorsqu’ une petite entreprise se fait cambrioler, elle se relèvera plus difficilement qu'une grosse société.  Malgré la mobilisation toujours croissante des forces de gendarmerie et de police, les cambriolages visant les entreprises sont toujours en hausse et participent à l'augmentation du sentiment d'insécurité selon l'Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale (ONDRP).

Le délinquant est un être rationnel, son objectif est simple : obtenir le maximum de gain en ayant le minimum d'effort à fournir et une faible probabilité d'être identifié. Son choix se portera donc naturellement vers les entreprises présentant peu de difficultés d'accès.

Toutes les entreprises utilisent au quotidien des ordinateurs de bureau et des ordinateurs portables. Cette évolution au sein du monde du travail confronte les entreprises à de nouveaux défis. Ainsi, la crainte de voir disparaître ses outils informatiques est de plus en plus présente.

L'entreprise Silicon Salad, déjà cambriolé en août 2012, a de nouveau été victime d'une bande organisée en décembre 2013. En 2 minutes 30, 4 cambrioleurs ont volé 9 ordinateurs Apple volés. Cette entreprise a perdu en une nuit ces outils de travail. Le coût de ce cambriolage impact et fragilise durablement l’activité de la société. Et cela va de même pour toutes les entreprises victimes de ces cambriolages.

Cette perte représente un coût très important pour l’entreprise. En effet, toutes les données contenant dans l’appareil ne sont pas toujours sauvegardées sur un serveur ou un disque externe. Enfin, ces données peuvent présenter un caractère confidentiel, leur utilisation par une personne extérieure à la société peut causer un préjudice à l’entreprise.

Selon une étude du Ponemon Institute, on peut estimer que près de 33 000 ordinateurs sont ainsi perdus ou volés chaque année au sein du territoire français. Selon ce même institut, le coût de la perte d’un ordinateur dépend du secteur d’activité de l’entreprise. Ainsi, la perte d’un ordinateur coûte en moyenne 87 500 € à une entreprise située dans le secteur des services.

La lutte contre les cambriolages est l'affaire de tous. Les dirigeants d’entreprise doivent faire preuve de comportements simples et prévenant peuvent suffire à éviter le vol ou l'agression. Peu de dirigeants d’entreprise prennent des mesures de prévention, et beaucoup mettent en place des mesures de protection après avoir subi un vol au sein de leurs propres locaux.

La corruption.

Où commence la corruption ?

Du simple déjeuner aux voyages d’affaire en passant par le stage pour les enfants de l'acheteur  … La corruption est un fléau qui touche toutes les couches de l’entreprise.

Historiquement, la corruption et la mafia sont  indissociables. C’est aujourd’hui un moyen d’expansion et d’action qui permet aux groupes mafieux de s’infiltrer de manière subtile et discrète dans les rouages les plus hauts placés d’une entreprise ou d’un Etat. Ce sont les activités d’usures qui rapporteraient le plus aux groupes mafieux. En effet, cette pratique  touche le monde de l’entreprise et de l’entreprenariat en période  de crise économique. L’objectif est de proposer des prêts d’argent et des rachats de crédits et de dettes à des taux d’intérêt et de remboursement élevés. La mafia cherche à placer le débiteur dans l’impossibilité de paiement pour ensuite lui proposer d’effacer la dette en échange de services illégaux ou d’acquisitions de certains de ses biens. Or en temps de crise, les banques prêtent moins voire ne prêtent plus. Le risque c’est que les petits commerçants ou les PME / PMI se tournent vers la mafia pour obtenir la liquidité nécessaire pour ouvrir le commerce ou l’entreprise tant désirée sans penser qu’ils se feront ensuite durement racketter par leur prêteur. S’ils ne peuvent pas rembourser, les groupes criminels auront de sorte la main mise sur l’entreprise ou le commerce en question qui servira à blanchir de l’argent via de fausses factures ou des emplois fictifs notamment.

Prenons l’exemple de la mafia italienne, selon les estimations de l’ONG, l’usure a provoqué la fermeture d’environ 1800 entreprises italiennes et la disparition de milliers d’emplois. 200 000 commerçants seraient sous l’emprise des usuriers mafieux et plus d’une dizaine ont compris le coût de ces prêts parfois au profit de leurs vies. Alors, avec plus de 65 milliards d’euros en liquidités, la mafia italienne peut-elle être considérée comme la première banque d’Italie ?

D’après l’ONG, les profits du crime organisé dépassent les 100 milliards d’euros par an. La corruption reste l’épine dorsale de la criminalité organisée. Son imbrication dans la légalité et le monde de l’entreprise est devenue si profonde qu’elle en devient invisible. Cela rend aléatoire tout politique de lutte contre la corruption.

Selon une récente étude du cabinet de conseil en achat AgileBuyer, 36% des tentatives de corruption en France proviendraient d'entreprises françaises, et 19% d'entreprises européennes. Les secteurs de l'immobilier, du bois et du papier sont les plus touchés par la corruption.

Un article paru sur La Tribune le 05 janvier 2015 écrit par Michel Cabirol annonce qu’un directeur des achats sur quatre est approché par des personnes corrompues pour les engrener dans ce système. En France, 16% des professionnels des achats ont été confrontés à des tentatives de corruption durant leur carrière.

La corruption en entreprise est un problème car, celle-ci bien que parfois subjective elle transgresse toujours la frontière du droit et de la morale. La personne corrompue en échange de sa bienveillance accepte une rétribution. L’entreprise et l'ensemble des personnes qui la compose ne sont pas souvent les gagnants de cette opération mais seul le corrompu s'enrichit de manière illicite. Son action ne se limite pas seulement dans l'acte lui-même de la corruption mais elle porte atteinte à l'image de l’entremise et de son personnel.

Pour réduire ce fléau, 75 % des entreprises ont signé une charte anticorruption.

Certes, celle-ci ne protège pas les entreprises de tout risque mais elle ouvre petit à petit les esprits des dirigeants à la prise en compte de cette menace.

  • LA PERSONNALITE DU DELINQUANT.

Les criminologues se sont intéressés à la personnalité du délinquant. Or, aujourd’hui, la criminologie fait une distinction importante entre la personnalité du criminel au moment du passage à l’acte et les facteurs qui ont influencé la formation de sa personnalité. C’est l’étude des facteurs déclenchants et des facteurs favorisants.

La personnalité du délinquant n’est pas une donnée statique. Elle évolue avec l’âge et sous l’influence de différents facteurs. On va donc se pencher sur l’influence des facteurs individuels puis sur les facteurs du milieu.

Les facteurs individuels.

Cesare Lombroso avait affirmé l’existence d’une disposition héréditaire à la criminalité. Raffaele Garofalo évoquait une faiblesse du sens moral. A l’heure actuelle, on parle de fragilité du terrain. Cela résulte d’une conjonction d’éléments qui peut être liée à l’hérédité et aux antécédents personnels (maladie, trouble de l’intelligence…). Ce sont des facteurs innés ou acquis, qui contribuent à façonner la personnalité du délinquant.

Les facteurs du milieu.

Concernant les facteurs du milieu, il faut se référer au milieu personnel, c'est-à-dire à l’environnement immédiat de l’individu. Etienne De Greef distingue le milieu inéluctable, le milieu occasionnel, le milieu choisi et le milieu subi. Cette théorie est toujours d’actualité et encore très utilisée aujourd’hui.

L’influence du milieu inéluctable est celui dans lequel l’individu ne peut pas ne pas vivre, d’abord du fait de sa naissance, puis du fait de son environnement immédiat. On différencie alors le milieu familial de celui du voisinage.

L’influence de la famille peut-être directe (parents délinquants ou immoraux) ou indirecte (enfants abandonnés ou absence de la figure paternelle).

Il est certain qu’il y a une influence de l’habitat. En effet, il y a davantage de délinquants dans un habitat collectif lié à une influence du voisinage. Les lieux d’habitation collectifs et sociaux sont des îlots de criminalité placés dans des villes et des quartiers qui sont souvent plus criminogènes que d’autres.

Le milieu occasionnel est celui des premiers contacts sociaux. Il englobe le milieu scolaire et le milieu professionnel. Ce qui peut être criminogène, c'est l’inadaptation de certains sujets à ces milieux et le fait qu’ils tentent d’échapper à leurs influences.

L’influence du milieu choisi comprend le foyer personnel, le milieu professionnel ou le milieu social dans lequel évolue l’individu. L’absence de foyer personnel influe sur la délinquance, de même que l’absence de qualification professionnelle. Certains loisirs favorisent la délinquance comme les cafés ou les maisons de jeux.

L’influence du milieu subi représente l’environnement dans lequel se trouve plongé le délinquant quand il est arrêté.

L’acte criminel est l’aboutissement d’une interaction entre une personne et une situation pré criminelle.

                                                                                                 

Pour De Greef, le passage à l’acte se caractérise par plusieurs traits essentiels :

La naissance et le développement d’un mythe dévalorisant.

Pour pouvoir commettre le crime, il faut qu’au préalable le délinquant ait détruit les aspects sympathiques de la victime. Dans le cas du crime passionnel, l’être qui était jusqu’alors aimé sera accablé de tous les défauts.

La collaboration consciente du criminel à l’apparition de ce mythe dévalorisant.

La victime est remplacée par un mythe d’infidélité ou de mauvaise foi par exemple.

Le caractère non spécifique de la dévalorisation.

Ce mythe n’est pas propre au criminel. Il se retrouve aussi dans les guerres, où pour neutraliser l’adversaire, on s’efforce d’abord de le dévaloriser.

Albert K. Cohen, lui, a mis au point un modèle à caractère très général. Selon lui, l’acte délictueux se développe dans le temps et via toute une série d’étapes. L’acte n’est jamais entièrement déterminé par le passé. Il est toujours susceptible d’être modifié par rapport à des changements intervenants soit à l’intérieur même de la personnalité de l’auteur, soit dans la situation pré criminelle ou soit dans les deux. Les circonstances, qui déterminent l’individu à passer à l’acte, comprennent à la fois la personnalité et la situation pré criminelle. Il ajoute que le développement de l’action dépend également des témoins, des individus qui sont touchés par l’action criminelle et la manière dont ces individus réagissent face à cela.

Les différentes analyses ont permis de décrire les divers facteurs et processus de l’action criminelle. Elles permettent d’établir que l’action criminelle est l’aboutissement de la rencontre d’un certain type de personnalité avec une situation pré criminelle donnée, à la suite d’un processus d’interaction qui se développe dans le temps. Toutefois, toutes les actions criminelles ne sont pas les mêmes, comme le révèlent d’ailleurs les différentes typologies criminelles.

Comme nous venons de le voir les motivations qui conduisent au passage à l’acte peuvent être très diverses selon la situation et la personne. Néanmoins, elles sont généralement étroitement liées à la facilité et l’impunité. Les motifs sont complexes à identifier et à comprendre. En effet, le risque du passage à l’acte n’est pas un risque chimique ou physique répondant à des formules mathématiques connues et démontrées.

Dans la mesure où nous entrons dans le champ des sciences humaines, il faut se garder de considérer certaines analyses comme des lois scientifiques immuables. Il faut au contraire envisager celles-ci comme de simples pistes de réflexions permettant de mieux percevoir la complexité des motivations humaines.

Les psychologues s’accordent à dire que l’équilibre de l’être humain résulte de deux exigences.

Satisfaire ses besoins physiologiques. C’est survivre en s’adaptant au milieu pour assurer ses besoins naturel, se reproduire, etc.

Satisfaire ses besoins psychologiques. C’est plus précisément, préserver son bien-être, réussir sentimentalement, socialement et professionnellement, se projeter dans l’avenir, marquer les mémoires sinon l’Histoire, se réaliser et vivre pleinement.

Les études les plus communément admises, notamment les travaux d’Abraham MASLOW, montrent que ces besoins sont en quelques sortes hiérarchisés et que les besoins psychologiques ne peuvent se réaliser que si les besoins physiologiques, eux, sont satisfaits.

L’image la plus parlante de cette théorie est la pyramide des besoins baptisée et connue sous le nom de « Pyramide de MASLOW ». Celle-ci commence par les besoins physiologiques concernant la survie et le confort matériel, suivis par les besoins de sécurité relatifs à la sécurité physique, à l’assurance du lendemain, à la confiance dans ses proches ou dans son environnement. Nous retrouvons ensuite, les besoins sociaux qui traduisent la nécessité vitale pour un individu de nouer des liens, d’aimer, d’échanger, d’appartenir à un groupe, d’imiter, d’influencer, ou d’être informé. Puis viennent ensuite les besoins d’estime faisant trait à la reconnaissance des autres et à l’estime de soi. L’individu veut donner une certaine image de lui-même. Il souhaite que celle-ci soit appréciée, reconnue et respectée. Enfin, arrivent les besoins d’accomplissement réunissant nos idéaux, les causes qui nous animent, notre volonté de nous réaliser et de nous dépasser. Ils traduisent alors notre liberté d’entreprendre et de définir nos objectifs et nos valeurs.

Les travaux d’Abraham MASLOW peuvent donc être une première approche pour comprendre certaines motivations dans l’action du délinquant. En effet, certains de ces besoins peuvent expliquer un passage à l’acte.

Les besoins physiologiques traduisent le comportement de personnes en situation particulièrement difficile, en situation de précarité, amenées à commettre un délit pour pouvoir simplement survivre. Les besoins sociaux, notamment à travers la notion d’appartenance à un groupe ou d’imitation peuvent eux aussi permettre d’entrevoir les motivations amenant certaines personnes à passer à l’acte. Les besoins d’estime expliquent également le comportement, parfois isolé, d’une personne qui développe un mal être et un sentiment de vengeance ou de revanche.

Pour autant, cette théorie n’est pas suffisante pour cerner toute la psychologie de ces individus.

Tout criminel peut agir sous l’emprise d’une pathologie, mais il agit surtout dans la recherche du profit. La théorie d’Abraham MASLOW indique que les besoins prioritaires de l’Homme sont les besoins physiologiques et le confort matériel. Or, dans notre société actuelle pour satisfaire au mieux ces besoins il est nécessaire de posséder des ressources financières.

Quel que soit la motivation, trois points sont nécessaires dans la concrétisation du passage à l’acte : l’acteur, l’objectif ou l’objet de convoitise et le mode opératoire. Les événements historiques de la vie ou ceux liés au destin individuel et à l’environnement vont influencer le comportement et la manière d’interagir avec les éléments nécessaires à la concrétisation du vol. L’ensemble de ces interactions vont induire le passage à l’acte. Donc une fois de plus, même si nous pouvons identifier certaines motivations, un grand nombre de facteurs vont influencer un acte délictuel.

Certaines causes influencent le vol interne et facilitent l’acte délictuel. Certaines sont d’origine économique, sociale, sociogéographique, socioculturelle ou encore d’ordre financier et juridique.

Le facteur économique.

La peur du lendemain, celle de ne pas réussir à subvenir aux besoins de sa famille et de ses proches, deviendront des éléments moteurs. Bien évidemment, cette peur est présente dans toutes les couches sociales de l’entreprise. Cela nous oblige donc à penser que la situation économique au niveau national est un facteur aggravant concernant le passage à l’acte.

Le facteur social.

Le facteur social peut se traduire par l’appartenance d'un individu à un groupe. Comme le souligne Roger MUCHIELLI, psycho-sociologue, dans son ouvrage « Le travail en équipe », « L’équipe forme une entité renforcée par le désir de collaborer au travail collectif en s’efforçant d'en assurer le succès ».

Pour lui, « Les valeurs morales sont les valeurs sociales ». Il n’est donc pas étonnant de constater que l’appartenance à une équipe devient rapidement une éthique. Toutes équipes possèdent ses propres normes, valeurs et codes moraux auprès desquels chacun se retrouve. Cela soude ses membres et crée un véritable esprit d’équipe. De ce fait, il est possible qu’un individu puisse commettre un acte délictueux afin de se faire accepter dans un groupe.

Le facteur social va regrouper l’ensemble des relations personnelles ou professionnelles d’un individu. Des interactions qui, si elles sont tumultueuses, peuvent engendrer des comportements déviants.

Les facteurs sociogéographiques et socioculturels.

La position géographique et la culture interne d’une société induiront des comportements variables de la part des individus. En effet, le sentiment d'appartenance endémique est différent selon le lieu. En effet, le coût de la vie est supérieur dans certaines régions. Comme on l’a vu précédemment, l’impact économique ici lié à la position géographique, est un facteur important dans le passage à l’acte.

Ensuite, le passé historique régional va en partie influencer les comportements et nous parlerons alors de facteurs socioculturels. Par exemple, l’Alsace et la Lorraine n’ont pas souffert de la même manière que la Provence qui durant la seconde guerre mondiale a été une des dernières régions françaises à avoir été envahie par les nazis et une des premières régions à en avoir été libérée. La solidarité entre individus sera donc probablement différente en fonction de ces diverses considérations.

Le facteur financier.

Les aléas de la vie peuvent entraîner des bouleversements familiaux. Des couples et des familles se déchirent, puis se quittent. Une naissance ou un achat imprévu entraînent un besoin financier immédiat. Ce sont des liquidités que les individus ne possèdent pas forcément et qui peuvent amener ces derniers vers l’appât d’un gain facile et rapide. De plus, le sentiment d’impunité, relayé par certains médias ventant le goût du gain facile, peut aussi être considéré comme un facteur jouant dans le passage à l’acte.

Un exemple marquant est celui de Tony MUSULIN. C’est un convoyeur de Lyon qui a détourné en 2009 11,5 millions d’euros dont seulement 9,1 millions ont été retrouvés. Le journal L’Express du 4 février 2011 précise que le convoyeur a expliqué « s’être fait justice lui-même » contre son ancien employeur. Suite à son acte, il a été condamné à cinq ans de prison et à verser près de 262 000 euros de dommages et intérêts. La somme restante de 2,4 millions d’euros non retrouvée à ce jour, correspond à 133 années de travail pour un salarié gagnant, comme lui avant son acte, 1 500 euros net par mois.

D’après le journal, en pleine crise bancaire et financière, ce vol a suscité un engouement pour la personnalité de Tony MUSULIN, perçu parfois comme un « justicier ». Comme le décrit Errol NUISSIE, psychologue, dans un article paru dans le quotidien France Antilles: « Faut-il rappeler que la loi est là pour protéger le citoyen. Sauf que l'exaspération des victimes régulières ou occasionnelles de vols, fait qu'elles ont le sentiment que la loi a été défaillante quant à leur protection. C'est, d'ailleurs, une des raisons qui a justifié la création d'une commission d'indemnisation des victimes. La loi reconnaît cette défaillance ».

Cette perception d’une loi trop « laxiste » associée à l’engouement autour de certains malfaiteurs rend le facteur financier prépondérant dans le passage à l’acte.

D’après l’ensemble des facteurs énoncés, influençant les faits, on remarque nettement qu’une grande partie rejoint l’aspect financier. Elle est également induite par l’ensemble de l’environnement social de l’individu.

Lutter contre les maux de la société demande donc aux entreprises, aux institutions de se poser les bonnes questions afin d’identifier les meilleures techniques et outils qui permettrons de limiter les actes malveillants sans pour autant dégrader les relations humaines.

  • LE ROLE DU CRIMINOLOGIE.

Un criminologue est capable d’étudier le phénomène criminel afin d’y apporter des éléments d’analyses et de réponses. Il a pour objectif l’explication de l’action criminelle.

Victime des images véhiculées par les séries télévisées policières, le criminologue n’est pas ni « expert » de la police scientifique, ni un « profiler ».

Il a pour rôle d’étudier les facteurs et les processus de l’action criminelle afin de déterminer à partir de la connaissance de ces facteurs et de ces modes opératoires, les meilleurs moyens de lutte pour contenir et si possible réduire ce mal social.

                                                                                                                 

Le criminologue va avant tout tenter de comprendre les comportements antisociaux ou déviants et participe à la mise en œuvre de méthodes de prévention plus que de répression. Il élabore ainsi des stratégies de prévention et de gestion du risque qui tiennent compte de la dynamique du crime et des enjeux éthiques et politiques.

Cette analyse va donner de nombreuses clés au donneur d’ordre d’une entreprise pour faire le point sur la situation et l’accompagner dans la mise en œuvre de méthodes de prévention. Elle va créer une culture de l’anticipation. Le criminologue en entreprise n’a pas pour vocation première la répression mais plutôt l’anticipation.

Pour cela, elle va avoir recourt au raisonnement par induction ou déduction. Cependant l’analyse par induction est privilégiée car, c’est une analyse qui est fondée sur l’observation de la réalité.

Etudier le phénomène criminel, c’est prendre en tant qu’ensemble toutes les infractions commises au cours d’une période déterminée dans une aire géographique donnée.

Elle va donc faire appelle à des données statistiques. Selon certains criminologues, elles permettent seulement de mesurer l’activité des services répressifs.

Pour comprendre ce que mesurent les statistiques criminelles, il faut faire la distinction entre la criminalité légale, la criminalité apparente et la criminalité réelle.

La criminalité légale.

C’est l’ensemble des condamnations prononcées par les cours et les tribunaux de justice.

La criminalité apparente.

C’est l’ensemble des faits portés à la connaissance des autorités de police ou des organes judiciaires. C’est notamment « l’état 4001 » qui ne porte que sur les faits portés à la connaissance des autorités de police et de gendarmerie. Ce sont les délits et crimes enregistrés par les dépôts de plaintes des victimes.

La criminalité réelle.

C’est l’ensemble des infractions effectivement commises déclarées ou non déclarées aux autorités.

Les statistiques criminelles ne mesurent que la criminalité légale ou apparente. Les chiffres de la criminalité réelle demeurent inconnus. C’est cet écart entre la criminalité réelle et la criminalité connue qui représente ce qu’on appelle le « chiffre noir ». Néanmoins, il existe des techniques pour réduire ou se rapprocher au plus près de la réalité

Les enquêtes de victimation consistent à interroger un groupe de personnes sur les infractions dont elles ont été victimes. Elles reposent sur les témoignages de victimes. Elles sont menées depuis une vingtaine d'années.

Aujourd’hui, la globalisation de l’économie, des échanges et des marchés a créée de nouvelles formes de criminalité. Celles-ci sont dues à l’essor de l’industrie numérique, de la nouvelle économie, des nouveaux modes d’information et de communication.

Pour les dirigeants, des menaces nouvelles viennent s’ajouter à celles préexistantes. Celles-ci trouvent leurs origines à la fois à l’extérieur de l’entreprise mais aussi en son sein même. Ce sont des personnes étrangères qui tentent d’affaiblir une entreprise mais aussi les salariés eux-mêmes. Elles prennent différentes formes et attaquent différentes parties de l’entreprise.

Cybercriminalité, corruption, fraudes, arnaques, actes de terrorisme et de vandalisme, cambriolages, vols d’informations et de données stratégiques … ce sont autant d’attaques possibles qui peuvent fragiliser l’équilibre, la pérennité et la réputation d’une entreprise.

De manière générale, les entreprises ont tendance à sous-estimer le coût de l'insécurité. Organismes de presse, points de vente, imprimeries… Toutes peuvent être victimes d'attaques pouvant impacter leur économie et les fragiliser durablement.

C’est dans ce contexte que l’Association de Criminologie du Bassin Méditerranéen souhaite par le biais du SECEM donner aux professionnels et chefs d’entreprise présents les moyens d'agir et d'anticiper les risques face à ces attaques et actes malveillants.

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