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Sécurité privée : des entreprises (presque) comme les autres ?

Frédéric GIQUEAUX, PDG du groupe MAORI

La sécurité privée ne peut pas être un secteur d’activité parmi d’autres… Il cumule les exigences de toute entreprise et celles de structures agissant à proximité du domaine régalien : ses obligations sont donc particulières et reposent sur une éthique exigeante. Parallèlement, la coopération public/privé s’impose plus que jamais. 

Difficile métier que celui de dirigeant d’une société de sécurité privée (SSP) ! Pourquoi ? Parce qu’il repose sur une tension permanente. Il suppose à la fois d’être un patron comme les autres, et d’appartenir à la chaîne globale de la sécurité de la nation. Les contraintes des entrepreneurs de ce secteur sont absolument les mêmes que celles de n’importe quel autre chef d’entreprise. Il faut gagner des parts de marché, gérer l’opérationnel au quotidien, répondre aux exigences du management, gérer les ressources humaines, passer un temps important à satisfaire aux obligations administratives, rencontrer régulièrement ses clients, répondre aux appels d’offres, ou communiquer (en interne et en externe), bref, avoir le « nez dans le guidon » selon la formule consacrée…

Parallèlement, une SSP exerce un métier qui, lui, n’est pas neutre. La protection des personnes, des biens et des sites (et donc parfois des informations sensibles qu’ils contiennent), rencontre les prérogatives de la puissance publique. D’où une présence particulière de l’Etat qu’assure un organisme dédié. Un récent rapport du Conseil national des activités privées de sécurité (Cnaps), présidé par Alain Bauer et dirigée par le préfet Alain Gardère, fournit d’ailleurs quelques données intéressantes. Sur trois ans, les 70 contrôleurs du Cnaps réalisèrent 3607 contrôles portant sur des sociétés de surveillance humaine, de télésurveillance ou de détectives privés (rappelons qu’environ 70 % des structures officiellement agrées comptent moins de vingt salariés). Ils vérifient les contrats de travail, les cartes professionnelles, les plannings, les coordonnées de clients et sous-traitant, etc.

Dans la perspective de l’Euro de football en 2016, les agents de sécurité du secteur sportif font l’objet d’une attention particulière. La raison en est évidente : avec l’évènement à venir de l’Euro de football en 2016, près de 30 000 personnes devraient être recrutées pour réaliser les fouilles et les palpations des supporteurs qui assisteront aux 51 matchs appelés à se dérouler dans une dizaine de villes ! Ceci afin d’éviter la mésaventure des JO de Londres (il fallut faire appel à l’armée pour suppléer les manques d’effectifs de la sécurité privée).

Au-delà de cette logique de contrôle, se pose par conséquent la question de l’articulation de ces territoires « missionnels » des uns et des autres. Car la coopération est notre destin tout autant que notre avenir ! C’est notre destin, parce qu’il apparaît clairement que les forces publiques ne peuvent effectivement pas tout faire. Ce ne serait d’ailleurs pas cohérent à une heure où l’on s’interroge sur les progrès de la société de surveillance.

C’est aussi notre avenir, parce que la coopération public/privé dans le champ de la sécurité s’affirme hautement souhaitable.

L’Etat doit avoir en charge l’essentiel et le long terme, la coordination et l’élaboration d’une vision du futur et du développement de la collectivité. Son rôle est d’être ce stratège qu’évoquent régulièrement Alain Bauer, Alain Juillet, Rémy Pautrat ou Eric Delbecque dans leurs écrits et interventions publiques.

Les SSP, quant à elles, ont la capacité de répondre aux nouveaux besoins exprimés par les particuliers et les entreprises, qui ne relèvent guère de la vocation des pouvoirs publics. Cela libère effectivement les forces de l’ordre de préoccupations à la fois déconnectées de leurs tâches principales et vite extrêmement chronophages, consommatrices d’énergie, d’effectifs et de moyens. Les attentats de janvier 2015 furent sources de multiples enseignements : l’un d’entre eux est que la synergie public/privé n’est plus une option mais une nécessité, dans le domaine de la sécurité comme dans bien d’autres.

Frédéric GIQUEAUX, PDG du groupe MAORI

 

 

 

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