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Sécurité : sortir la tête du sable !

Par Eric Delbecque, Président de l'ACSE

La République peine à remplir sa première mission : garantir l’application de ses lois sur l’ensemble du territoire national. Le malaise actuel des policiers traduit un ras-le-bol de la nation « d’en bas » qui ne peut pas être ignoré, et qui nous conduit à faire face à l’absence de pensée hexagonale cohérente sur la politique de sécurité.

Le malaise des policiers dit quelque chose d’essentiel sur les questions de sécurité dans l’Hexagone, mais il souligne également de manière extrêmement inquiétante des évolutions fondamentales dans la perception de l’autorité par les acteurs criminels agissant au sein de notre société. Il est assez clair pour tous ceux qui font preuve d’un réalisme élémentaire que les conditions d’exercice dues métiers de sécurité subissent une nette dégradation depuis plusieurs années. Bien entendu, la problématique des moyens de fonctionnement et des effectifs se révèle capitale. Mais il s’agit également de ne pas oublier celle du cadre légal (la légitime défense en particulier), des attentes sociales chaque jour grandissantes de la part de nos concitoyens, et de la cartographie en archipel de la violence, de la sécurité et des incivilités (qui fait apparaître de grandes disparités qu’il n’est pas facile de traiter pour un faisceau de motifs). Bref, l’univers de la sécurité en France ne fait pas vraiment l’objet d’une réflexion suivie et sereine mais se trouve le plus souvent convoqué à des fins d’instrumentalisation politico-idéologique qui ne contribue pas à clarifier les enjeux et à dessiner une action résolue et continue, permettant de venir à bout des problèmes de protection des personnes et des biens qui se posent quotidiennement sur nos territoires.

Il faut noter de manière ferme que les forces de police et de gendarmerie font désormais face à de petits délinquants et à des criminels plus endurcis qui ne manifestent plus de peur particulière de l’autorité en général et des représentants de l’ordre en particulier. Dans certaines zones très sensibles, il est assez évident que la police ne fait plus peur. Il serait assez long d’en énumérer toutes les causes. En revanche, on peut clairement remarquer que l’Etat a donné depuis trop longtemps le spectacle d’une application aléatoire de la loi ou celui d’une chaîne pénale témoignant assez régulièrement d’un problème de cohérence.

Mais se contenter de distribuer les bons et les mauvais points n’a pas vraiment de sens. Ce qui nous est fourni ici comme occasion, c’est de repartir du terrain pour refonder notre politique et nos stratégies de sécurité. Il convient d’entendre le quotidien des forces de l’ordre, et de parvenir à en tirer des conséquences opérationnelles crédibles et durables qui dépassent un nombre de casques et de gilets pare-balles supplémentaire.

Il nous faut aussi progresser décisivement en matière de dialogue entre les policiers et les magistrats. Deux réalités s’affrontent, mais aussi des chiffres, des raisonnements et des sensibilités. C’est au gouvernement d’organiser l’espace de la synthèse et de l’articulation des mesures, au sein d’un arsenal aux options variées qui dépassera sans aucun doute le Ministère de l’Intérieur et de la Justice. Car les problèmes d’insécurité débordent  du cadre des dispositifs de police et de gendarmerie ; ils excèdent aussi les moyens et les missions des magistrats. Il faut aller puiser de la réflexion ailleurs : à cet égard, l’Ecole se situe aux premières loges.

L’ébullition du moment pose aussi la question de la coproduction de sécurité entre le public et le privé, entre l’Etat et l’ échelon municipal, et nous indique plus que jamais que la protection des citoyens est une chaîne.

Au final, il faut cesser de penser que l’on peut produire sans cesse des lois et des mesures s’empilant les unes sur les autres. Il convient désormais de s’arrêter quelques instants, et de prendre le temps de choisir des valeurs et d’affirmer des objectifs, puis d’avoir le courage de les assumer et de les mettre véritablement en œuvre… 

 

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