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Sensibiliser et former à l’intelligence économique

La Rédaction

Parmi ses activités, l’ACSE assure un rôle de diffusion de la culture d’intelligence économique. Voici les principes qui fondent ses démarches de sensibilisation et de formation.

L’intelligence économique : un objet introuvable

La formation en intelligence économique (IE) doit surmonter un paradoxe majeur : elle ne constitue pas une « discipline » au sens propre, alors même que son enseignement se révèle urgent ! On comprend parfaitement la difficulté qui existe dans l’impératif de faire assimiler des connaissances et des pratiques concernant une « matière » qui peine à s’affirmer comme un objet universitaire ordinaire (elle ne constitue ni une communauté scientifique homogène, ni une méthodologie bien normée). Elle définit en fait un ensemble de comportements, de modes d’action, d’outils (méthodologiques, organisationnels ou technologiques) et de connaissances destinés à améliorer le positionnement d’une entreprise sur un échiquier commercial particulièrement concurrentiel.

En réalité, l’intelligence économique emprunte à de nombreuses disciplines (au sens classique). Elle pioche notamment dans la géopolitique, les sciences de gestion, l’économie, les relations internationales, la sociologie, la science politique et le droit. Son but est d’agréger de multiples savoirs spécifiques pour construire une perspective particulière, une finalité précise des organisations. Cette dernière a reçu sa formulation la plus claire et la plus ramassée à l’issue des travaux du groupe d’experts réuni en 2004 par Alain Juillet, alors Haut responsable chargé de l’intelligence économique. Celle-ci fut définie comme « la maîtrise et la protection de l’information stratégique utile aux acteurs économiques ».

Pour le dire autrement, il s’agit de systématiser, au sein des organisations, la pratique de la veille et la mise en œuvre de dispositifs de sûreté, ainsi que l’élaboration précautionneuse de mécanismes ou de dynamiques d’influence, afin de permettre d’exploiter les opportunités et de détecter les menaces produites par un environnement instable, incertain, qui défie les routines des entreprises et des Etats.

Un métier dans l’entreprise ?

La question qui se pose immédiatement est la suivante : la formation à l’intelligence économique conduit-elle à des débouchés professionnels ? Pour un étudiant en formation initiale, les postes sont peu nombreux. On ne tire jamais autant profit d’une formation en intelligence économique que lorsque l’on dispose d’une spécialité préalable.

Il paraît donc compliqué de trouver des justifications solides à des « filières IE » débutant dès l’obtention du baccalauréat. Ce n’est d’ailleurs pas le modèle répandu. On trouve surtout sur le marché des troisièmes cycles recrutant le plus souvent des étudiants déjà titulaires d’un Master ou venant d’une Ecole. Il n’en reste pas moins que l’ensemble des jeunes ainsi formés n’accèderont pas tous, loin s’en faut, à des missions d’intelligence économique à la sortie de leur cursus. Il est vraisemblable qu’ils trouveront d’abord à s’employer dans leur spécialité de base (juriste, communicant, auditeur, etc.).

En revanche, une spécialisation en IE favorisera le parcours ultérieur de ceux qui l’auront suivi. Ceci pour deux raisons. Tout d’abord, la perspective IE (en particulier l’habitude de chercher, de traiter et de diffuser utilement l’information, ou celle de protéger l’information stratégique) maximise l’exercice de son propre métier ; ensuite, elle donne une hauteur de vue contribuant à créer des « hauts potentiels ». D’une certaine manière, l’intelligence économique peut et doit devenir un accélérateur de carrière. 

En ce qui concerne la simple sensibilisation et la formation continue, il va de soi que les arguments précédemment évoqués y trouvent leur maximum d’écho. L’intelligence économique constitue désormais un bien commun de l’ensemble des disciplines articulées sur l’exercice d’une mission, d’une fonction au sein des entreprises. Aucun diplômé d’un troisième cycle d’économie, de marketing, de management, de communication, de finance, de droit des affaires, etc., ne peut ignorer aujourd’hui ce qu’est l’IE alors même que sa pratique constitue une exigence forte de la compétitivité au XXIe siècle. L’actualité et les exemples de pratiques étrangères en témoignent (aux Etats-Unis, au Japon en Chine par exemple).

L’IE : les nouvelles « humanités » ?

En synthèse que vise l’intelligence économique ? Donner des fondamentaux indispensables à la compréhension du monde contemporain et notamment de l’univers de l’entreprise. Ceci afin d’agir décisivement en faveur de la pérennité et du développement d’une organisation.

En effet, on comprend difficilement le fonctionnement du capitalisme actuel si l’on ne fait pas sienne l’approche IE. Prenons quelques exemples simples :

  • Cartographier l’ensemble des acteurs concurrentiels d’une organisation, identifier les motivations profondes de leurs dirigeants, décrypter leurs stratégies ou connaître finement leurs réseaux de partenaires, ne forment plus une option offerte aux managers mais une ardente nécessité. Or, c’est l’une des fonctions majeures de la veille, laquelle est un socle de l’intelligence économique.
  • Sécuriser l’information stratégique, condition déterminante de la compétitivité d’une entreprise, se révèle une tâche cardinale pour l’ensemble des personnels, quelle que soit leur spécialité et leur positionnement au sein de l’organigramme.
  • Appréhender finement les processus de construction de l’image et de la réputation d’une organisation, et notamment la manière dont elles peuvent être atteintes (désinformation, campagne de dénigrement, etc.) participe des schémas intellectuels appartenant aux savoir-faire de l’influence. A l’heure du cybermonde et des réseaux sociaux, cette préoccupation insigne de l’IE devient celle de chacun dans l’entreprise.

Pour résumer, sensibiliser et former les français à l’intelligence économique suppose deux conditions de fond :

  • La première est de légitimer une pratique. Longtemps, suite à la révélation des pratiques de certaines officines, exploitées largement par la presse, certains commentateurs ont entretenu l’idée que l’intelligence économique n’était qu’une autre manière de nommer l’espionnage industriel ou les « barbouzeries » les plus variées. Bien qu’erronée, cette opinion produisit d’immenses ravages et contribua à délégitimer l’enseignement de l’IE. Nous sortons aujourd’hui progressivement de ces caricatures et les esprits se montrent plus réceptifs à une réflexion féconde sur le sujet. Ce climat général favorise la pénétration académique de l’IE, même si de nombreux obstacles restent encore à franchir.    
  • La deuxième consiste à prouver la valeur ajoutée d’un tel enseignement. A cet égard, il faut noter que si le monde académique peine à tracer les contours de l’intelligence économique, les entreprises n’ont pas encore achevé, de leur côté, la formalisation organisationnelle de la fonction intelligence économique. Encore floue dans les organigrammes, elle est en réalité exercée concrètement par des départements différents selon les entreprises. Elle peut dépendre de la stratégie, de la sûreté, des affaires publiques et du lobbying, de la gestion des risques et des crises, ou même en partie du marketing… En tout état de cause, le management des problématiques d’image liées au Web 2.0, la cybersécurité ou la protection des expatriés en zone hostile, composent quelques-unes des questions clefs qui rendent les firmes actuellement attentives aux approches IE. Là encore, le contexte favorise l’effort de formation des salariés mais aussi des étudiants.

Par ailleurs, le dispositif global d’enseignement de l’intelligence économique dans notre pays doit prendre en compte les besoins du marché, tout en offrant une clef de compréhension du monde contemporain (qui excède les nécessités de l’insertion sur le marché du travail).

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